Marc Slivarich de Heldenbourg et les croates de la Grande Armée

Croate de naissance, Français de cœur. Marc Slivarich de Heldenbourg, né Marko Šljivarić dans un petit village des confins militaires de Croatie en 1762, incarne à lui seul l’épopée méconnue des soldats croates qui combattirent pour Napoléon. De la Russie à Antibes, son parcours raconte la fidélité, le courage et l’universalité du rêve impérial.

Des confins croates aux armées de l’Empereur

Quand il entre au service de l’Autriche en 1781, le jeune Šljivarić n’est qu’un cadet parmi d’autres dans un empire en guerre perpétuelle. Mais le destin va bientôt le faire croiser la route des Français. En 1809, les troupes du maréchal Marmont, duc de Raguse, pénètrent dans les Provinces illyriennes, nouvellement rattachées à l’Empire.

Slivarich, alors major au régiment d’Ogulin, se rallie à la France. Marmont, séduit par ses qualités militaires, le nomme colonel du 1er régiment croate. Napoléon, qui croit à l’unité des peuples sous la bannière impériale, voit dans ces soldats venus de Croatie une force disciplinée et farouche, héritée de la frontière austro-ottomane.

En 1810, Slivarich est fait officier de la Légion d’honneur lors d’une réception à Paris — un geste fort pour ce Croate encore étranger au regard de la loi française, mais déjà adopté par la patrie des armes.

Les Croates dans la Grande Armée

Les régiments croates sont alors nombreux à rejoindre les rangs de la Grande Armée. On les appelle les régiments provisoires croates, mais leur bravoure est tout sauf provisoire.

Sous les ordres du prince Eugène de Beauharnais, le 1er régiment provisoire croate de Slivarich entre en campagne contre la Russie en 1812. À Ostrowno puis à la Moskova, ces hommes venus de Croatie se battent avec un acharnement qui force le respect.
Mais la terrible retraite laisse des traces : à son retour, le régiment n’a plus que cinquante-trois survivants.

Malgré les pertes, Napoléon ordonne la reformation de l’unité. De nouveaux volontaires croates viennent combler les rangs malgré la période de défaite. En février 1813, Marc Slivarich est promu général de brigade : il devient ainsi le seul officier des Provinces illyriennes à atteindre ce grade sous l’Empire.

De Leipzig à Antibes : la fidélité jusqu’au bout

La chance tourne à Leipzig, en octobre 1813. Slivarich est fait prisonnier par les Autrichiens lors de la bataille des Nations. Libéré l’année suivante, il rentre en France et reprend du service pendant les Cent-Jours. Napoléon lui confie alors le commandement de la place d’Antibes.

Lorsque la chute de l’Empereur devient inévitable, Slivarich choisit de se rallier au roi Louis XVIII. Mais il reste fidèle à sa mission, en accord avec les autorités locales, il refuse de livrer la forteresse aux troupes austro-sardes. Ce geste de résistance, accompli au nom de la France, lui vaudra la reconnaissance éternelle des Antibois.

Pour apaiser les puissances alliées, il est relevé de ses fonctions en septembre 1815 et mis à la retraite. Deux ans plus tard, il est naturalisé Français. Il se retire à Gignac, dans l’Hérault, où il vit jusqu’à sa mort, le 27 août 1838.

Une mémoire franco-croate

Oublié pendant un siècle, le nom du général Slivarich refait surface grâce à l’amitié franco-croate. En 2008, à l’occasion du 170e anniversaire de sa mort, une plaque commémorative est inaugurée sur sa maison à Gignac, à l’initiative de l’Ambassade de Croatie.
Sa sépulture ayant disparu, un monument funéraire est érigé dans le nouveau cimetière, aux côtés d’un autre vétéran des campagnes napoléoniennes originaire de Gignac, le général Michel-Marie Claparède.

Pierre tombale commémorant le général Marko Slivarić à Gignac

Aujourd’hui, une allée de la ville porte son nom, et cette dernière est jumelée avec Ogulin, la cité croate d’où venait le régiment qu’il commandait. Deux lieux, deux pays, un même souvenir : celui d’un soldat de Napoléon venu de Croatie.

Miroslav Antović

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