Festival du film de Locarno : « God Will Not Help » d’Hana Jušić

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Dans les montagnes croates, le quotidien d’une petite communauté isolée est bouleversé par l’arrivée d’une étrangère. Une femme vêtue de noir, épuisée, parlant espagnol, qui prétend être la veuve d’un homme du village disparu depuis des années. Personne ne la comprend. Et pourtant, sa présence va tout changer.

Avec God Will Not Help, la réalisatrice croate Hana Jušić (en coproduction avec la société française Maneki Films) signe un nouveau long métrage à la fois mystérieux, ample et profondément humain. Le film s’ouvre dans une atmosphère d’orage et de prière, comme un conte gothique. Mais rapidement, le fantastique se mêle au drame intime : Jušić ne cherche pas l’horreur, elle observe plutôt les peurs, la foi et les silences d’un monde rural refermé sur lui-même.

Au centre, deux femmes que tout oppose : Teresa, la Chilienne interprétée avec intensité par Manuela Martelli, et Milena, la Croate mutique jouée par Ana Marija Veselčić. Elles ne partagent ni la langue ni la culture, mais un même isolement, une même fragilité. Entre méfiance et solidarité, leur relation devient le cœur vibrant du film. Les Prix d’interprétation de Locarno ont d’ailleurs récompensé les deux actrices pour leurs prestations complémentaires et d’une grande justesse.

Ana Marija Veselčić (à gauche) et Manuela Martelli (à droite) dans God Will Not Help

La mise en scène, ample et picturale, capte la beauté rude des paysages croates. Les montagnes, les forêts, la neige et le vent deviennent presque des personnages à part entière, exprimant ce que les mots ne peuvent dire. Hana Jušić filme la nature comme un miroir des âmes, entre douceur et menace, donnant un cinéma sensoriel, poétique et libre, qui ose passer du réalisme au fantastique sans perdre son fil.
God Will Not Help interroge ainsi la foi, la peur de l’autre et la place des femmes dans un monde dominé par les traditions et le silence.

Un film hypnotique et exigeant, qui confirme Hana Jušić comme l’une des voix les plus prometteuses du nouveau cinéma européen.

Pierre Miroir

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